Gilles Peycelon, profession avocat

avril 2008

Ancien joueur amateur à l’AS Saint-Etienne, Gilles Peycelon est devenu joueur professionnel sous l maillot vert à l’âge de 22 ans, presque par hasard ! Un destin hors du commun pour celui qui, depuis quinze ans, a échangé ses habits de footballeur pour ceux d’avocat. Avec la même réussite. Portrait.

L’histoire de Gilles Peycelon a quelque chose d’agaçant. Quand nous sommes des milliers à vouloir forcer le destin pour devenir footballeur professionnel, lui, l’ancien Vert, a vu ce même destin frapper à sa porte. Et plusieurs fois avec ça! Le talent a fait le reste, bien sûr, mais on a le sentiment que là-haut, l’histoire était écrite : Gilles Peycelon défendrait un jour les couleurs de l’ASSE. C’était comme ça et pas autrement. La providence se chargerait de transformer ses obstacles en tremplin. « A 21 ans, je ne pensais à aucun moment pouvoir faire carrière dans le football« . Vous voyez, il le dit lui-même ! Vous êtes encore sceptique ? On exagère, c’est ça? Alors lisez les lignes qui suivent. Voici l’histoire de Gilles Peycelon, né à Côte Chaude, un quartier de Saint-Etienne. Ça commence bien… Son père est banquier, passionné de foot, sa mère au foyer, bien que très active dans le domaine social et caritatif. Pendant que Nicole et Pascale, ses deux sœurs, jouent à la poupée, Gilles, lui, reste scotché devant les exploits de Pelé et Beckenbauer à la Coupe du Monde 70. lI a 10 ans, est inscrit au collège avec un an d’avance, et va signer sa première licence. Non pas à Côte Chaude, l’un des clubs historiques du département, mais à l’AS Saint-Etienne. Ben voyons ! « J’étais fan, évidemment. A chaque match de Coupe d’Europe, j’étais dans les tribunes. La semaine, j’avais la chance d’être entraîné par Dominique Bathenay, mon joueur préféré, qui était gaucher et demi défensif, comme moi. La politique du club voulait que chaque stagiaire pro s’occupe des Pupilles« . Inconditionnel de l’Ajax d’Amsterdam et de son jeune prodige, Johnny Rep, « avec lequel j’aurai la chance de jouer plus tard », le petit Gilles vibre par ailleurs devant les exploits de Georges Bereta, autre Vert « Made in St-Etienne ». « J’aurai la confirmation qu’il est difficile de s’imposer ici lors-qu’on est originaire de la ville« . Et il se plaint, en plus ! Pour l’heure, le garçon poursuit ses gammes dans la maison verte, sans deviner qu’il marchera un jour sur les traces de ses idoles. A 15 ans, il vit son premier petit exploit : une victoire en finale du tournoi international de Feurs face aux jeunes du Bayern de Munich. Une performance que n’imiteront pas ses aînés douze mois plus tard à Glasgow… Devenu junior, Gilles Peycelon évolue en équipe 3 ! « A 17 ans, j’ai passé mon Bac C (Bac Scientifique). En club, je jouais en promotion de Ligue. J’ai néanmoins disputé quelques matches de Gambardella avec Roussey, Paganelli, Bellus, Zanon… Mais eux étaient déjà sur le point de percer ».

« J’étais l’amateur qui permettait de compléter l’effectif »

Notre homme poursuit son petit bonhomme de chemin. Toujours avec un statut amateur. « Je jouais de temps en temps en D3 pour boucher les trous. J’étais l’amateur qui permettait de compléter l’effectif. Jamais je n’ai été considéré comme un futur pro« . Oui on sait, on sait… Si bien que le garçon privilégie les études où, pour le coup, il est vraiment doué. Quand on vous dit qu’il agace… « Je voulais faire prépa HEC (grande école de commerce) et intégrer le lycée Henri IV à Paris. Mais en même temps, ça m’embêtait d’arrêter le foot, sur-tout à Saint-Etienne. Du coup, j’ai opté ici pour la Fac de droit« . C’est peut-être là que son destin bascule. Inscrit en championnat universitaire – il y affrontera le TFC de Jean-Luc Sassus et Jean-Phi-lippe Durand -, il poursuit ses pérégrinations en vert « tantôt en D3, tantôt en D4 », jusqu’à ce lever de rideau à Geoffroy-Guichard, disputé contre des universitaires québécois. « J’ai tapé dans l’œil de l’entraîneur adverse. A la fin du match, il a évoqué avec moi l’idée d’un contrat semi-pro de six mois au Québec ! J’étais étudiant, j’ai dit ‘pourquoi pas’?« . Revenu entre-temps passer sa Maîtrise de droit, Gilles Peycelon s’éclate de l’autre côté de l’Atlantique où il loge chez l’habitant. « Je jouais milieu offensif. J’ai marqué entre 15 et 20 buts« . Arrive septembre 1981. Le joueur revient à Saint-Etienne en dépit de la volonté des dirigeants québécois de le conserver. Il a bien fait. « Les Verts me manquaient« . Peut-être espérait-il aussi connaître la même réussite dans le Forez… En vain. Le revoilà trimbaler d’une équipe à l’autre, toujours avec ce statut d’amateur qui lui colle à la peau. La saison de trop. « J’avais fait le tour. Mais alors que j’avais décidé de partir, j’ai été reçu par Roger Rocher qui m’a proposé un contrat stagiaire pro d’une année! » Le début de l’aventure. Durant l’été 1982, Gilles Peycelon s’entraîne pour première fois avec les joueurs de Robert Herbin. Tout va très vite. En novembre, son rêve se réalise. C’est son premier match en première division ! Il a 22 ans. « Un moment magique puisque c’était à Monaco_ (le 6 novembre; 2-2), face à Amoros, Ettoti ou Bellone, qui avaient disputé la demi-finale de Coupe du monde à Séville contre l’Allemagne quelques mois plus tôt! J’étais en plein rêve… « Peycelon fait son entrée à la 74e minute en remplacement d’un autre international français, Bernard Genghini.

« Le foot c’était la cerise sur le gâteau »

Une semaine plus tard, il est titulaire contre Lens à Geoffroy-Guichard, avant d’être appelé sous les drapeaux. Qu’importe ! Sa carrière est lancée. D’autant qu’il prolonge d’un an sous la houlette de Jean Djorkaeff. « J’avais Bac + 4. Je savais que, .quoi qu’il arrive, je ne serais pas à la rue. Le foot, c’était la cerise sur le gâteau ». Il est énervant, non ? En 84, les Verts descendent en D2 avec les Ribart, Daniel, Mahut, Ferri et autre Clavelloux. S’en suivent deux années de purgatoire, illuminées néanmoins par Roger Milla, venu à la rescousse.
L’enfant du pays, lui, joue en « numéro 6 », et devient l’un des hommes de base d’Henryk Kasperscak. En mai 1986, les Verts sont champions de D2. Gilles Peycelon a 26 ans. Il s’apprête à vivre en D1 sa meilleure saison… « J’ai été élu deux fois meilleur joueur du mois, avant de terminer e aux étoiles France Football derrière des joueurs comme Tigana et Femandez ». Mais toute bonne chose à une fin.. Robert Herbin, l’homme qui l’avait lancé, revient aux affaires. Bientôt, il pousse les anciens vers la sortie avec la volonté de rajeunir l’effectif. « Il y a eu treize départs, dont le mien ». Gilles Peycelon rebondit deux saisons à Niort (D2), mais le coeur n’y est plus. A 30 ans, il retrouve le giron amateur à St-Priest dans le Rhône, sous les ordres d’Hervé Revelli. Après avoir repris ses études de Droit, il prête serment fin 1991 et devient avocat dans un cabinet situé dans le centre-ville de St-Etienne. Un temps président de l’Amicale des anciens Verts, il est depuis quatre ans vice-président de l’ASSE (l’association). « J’apporte mon aide dans le domaine juridique et administratif« . Et le terrain dans tout ça? « Je ne joue plus depuis une blessure au talon d’Achille qui m’a quasiment empêché d’exercer pendant quatre mois. » Entraîneur? « Cela ne m’a jamais attiré. Et puis je suis contre le mélange des genres. Je suis fier de ma carrière de footballeur, mais aujourd’hui je suis heureux d’être à la tête d’un cabinet qui marche bien depuis quinze ans. Assumer dans le même temps une fonction d’en-traîneur, même avec des jeunes, serait périlleux« . Il ne manquerait plus que ça!

JULIEN GOURBEYRE

Du short à la robe, une vie
de passion et d'engagement