L'ancien Vert devenu avocat

mai 2019

Infatigable milieu de terrain stéphanois puis niortais, Gilles Peycelon est désormais un avocat reconnu à Saint-Étienne.

Étudiant et footballeur

Un sportif chez les intellectuels. J’avais 30 ans et la question de ma reconversion se posait, d’autant que j’étais moins motivé, je me sentais en décalage avec certains jeunes.

Né à Saint-Étienne, j’ai démarré le football en pupilles à !’ASSE, évoluant dans toutes les catégories d’âge. Je vivais chez mes parents, je n’ai donc jamais intégré le centre de formation. Vers 16-17 ans, je jouais en équipe 3, qui est montée en 4° Division. Et de temps en temps, on m’appelait pour jouer avec l’équipe réserve du club, qui évoluait en D3, quand il fallait compléter l’effectif. Jusqu’à 21 ans, j’ai mené cette vie d’étudiant-footballeur, très agréable du reste. Car j’avais des facilités pour les études, j’ai eu mon bac C à 17 ans, avec un an d’avance, j’avais été pris en prépa HEC au lycée Henri-IV à Paris, mais j’ai préféré rester dans ma ville. J’ai alors fait le choix d’aller en fac de droit, car avec deux ans de droit on pouvait se présenter aux concours d’écoles de commerce. Mais finalement le droit m’a plu et j’ai validé ma maîtrise à 21 ans. J’étais fan de football mais j’avais mis une croix sur le fait de devenir professionnel.

La révélation au Québec

Je jouais aussi en équipe universitaire , et lors d’un match en lever de rideau à Geoffroy-Guichard, contre des Québé­cois, j’ai tapé dans l’œil de l’entraîneur de Sherbrooke. Il m’a écrit, m’expliquant qu’il cherchait un milieu de terrain. À 20 ans, j’ai tenté l’expérience durant six mois, Saint­ Étienne m’a permis d’y aller de mars à septembre.

Moi qui jouais normalement demi-défensif, j’ai évolué au poste de milieu offensif. J’ai marqué entre 15 et 20 buts, j’étais un peu la vedette de l’équipe. Ça m’a décomplexé, je me suis libéré, il y a eu une sorte de prise de conscience. En re­venant en France, j’ai dit au club que je souhaitais repartir au Québec, car j’avais 21 ans et il me semblait avoir fait le tour au niveau amateurs. Mais les dirigeants (Robert Her­ bin, Pierre Garonnaire, Roger Rocher) n’étaient pas d’ac­cord. Je leur ai demandé : « Vous me proposez quoi ? » Ils m’ont proposé un contrat d’un an. J’ai donc intégré l’effectif en juillet 1982, en octobre, je disputais mon premier match à Monaco.

Huit ans chez les pros

En décembre 1982, l’affaire de la caisse noire a éclaté, ce qui a fra­gilisé le club qui venait de perdre Michel Platini. Puis, en 1984, nous sommes descendus en D2 à la suite des barrages contre le Matra Racing. Saint-Étienne a alors fait confiance à ses jeunes comme Ri­ bar, Daniel, Claveloux, Ferri ou moi. Nous avons vécu deux très belles saisons avec notamment Roger Milla en attaque, ce qui nous a permis de remonter en 1986. Puis en 1988, après le retour de Ro­bert Herbin et une bonne saison achevée à la 4° place, ce dernier a choisi de se séparer des anciens qui avaient évolué sous les ordres d’Henryk Kasperczak : treize sont partis, dont moi. J’ai signé à Niort qui me proposait un beau contrat. Mais au bout d’un moment, Niort souhaitait justement se séparer des gros contrats. Pour l’anecdote, le président de l’époque m’avait de­ mandé d’arrêter de lire Le Monde pendant les concentrations de l’équipe, précisant que ça gênait les joueurs comme les dirigeants : je suis toujours passé pour un in­tellectuel chez les sportifs et pour

Fin de carrière et réflexion

J’ai commencé à réfléchir car j’avais une femme, deux enfants de 3 et 5 ans et une maison à Saint-Étienne, donc des charges importantes. Ayant droit à deux ans de chômage, j’ai décidé de me re­ mettre à niveau en droit. J’ai suivi des cours de DEA (5° année) en auditeur libre, puis les professeurs m’ont laissé passer l’examen. En septembre 1991, j’ai eu mon exa­men, le CRFPA (Centre régional de formation professionnelle des avo­cats) ; en décembre, j’ai intégré l’école des avocats de Lyon, puis obtenu mon CAPA fiff 1992 et en­ fin prêté serment le 11 décembre 1992. Le fait que la formation d’avocat dure deux ans, pendant lesquels je disposais encore de mes indemnités, m’a sans doute dirigé vers cette profession, sinon j’aurais probablement choisi la magistrature, mais la formation était plus longue.

Un avocat reconnu

La profession m’a ouvert les bras et assez vite je me suis installé à mon compte. Quand vous devenez avocat à Saint-Etienne en ayant été longtemps pro chez les Vertes, cela donne un potentiel de reconnaissance par la clientèle. Donc j’étais atypique, pas un anonyme, mais on venait aussi voir l’ancien joueur devenu avocat. J’étais donc attendu au tournant par mes confrères, j’ai dû faire mes preuves. Comme sur le terrain, je me suis défoncé au travail afin d’être au niveau. Aujourd’hui, ça fonctionne bien, mon cabinet tient la route, j’ai la chance d’avoir beaucoup de boulot. Je suis notamment spécialiste du droit du dommage corporel. Le fait d’avoir été l’avocat de Gérard Soler lors de l’affaire des faux passeports à Saint-Etienne ou celui de la partie civile dans l’affaire du meurtre du boulanger à Saint-Just-Saint-Rambert en 2002 m’a donné une crédibilité dans ma profession. J’ai vraiment eu de la chance de faire deux métiers fantastiques. Le foot m’a beaucoup servi car c’est une sacrée école de la vie. Ca me permet de gérer mon stress, d’avoir envie de me dépasser. A ma connaissance, aucun ancien footballeur pro français n’est devenu avocat.

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