Un vert en robe noire

octobre 2014

Dans les deux domaines, il faut se battre

Pour Gilles Peycelon, gagner un match, ou gagner un procès présente de nombreux points communs. « Un dossier gagné le lundi ne veut pas dire que l’on ne peut pas en perdre un autre le mardi, tout comme au football » témoigne celui qui, aux côtés de Kurbos, Milla, Bénédet et Ribar participe lors de la saison 1985/1986 à la remontée du club de l’Association Sportive de Saint­ Étienne (ASSE) en première divi­sion.

Il concède vivre des émotions « un peu moins fortes » depuis qu’il est devenu avocat. Sa carrière sportive « fut une excellente école de la vie » et lui a donné les armes d’exercer sa nouvelle acti­vité. Joueur réputé sérieux et déterminé, l’ancien sportif de haut niveau, estime qu’il a ainsi appris « à se battre, à avoir de la rigueur mais aussi à respecter les règles pour éviter le carton rouge ! » Installé aujourd’hui à Saint­-Etienne, dont il est originaire, il fait ses premiers pas sur les pelouses stéphanoises à dix ans.

Durant son apprentissage de footballeur au centre de formation de l’AS Saint-Étienne, il obtient une maîtrise de droit.

Il reste amateur jusqu’à l’âge de vingt­ deux ans, lorsque le club des Verts lui demande de le rejoindre en tant que professionnel. Après six saisons dans son club d’origi­ne, le milieu défensif poursuit sa carrière à Niort puis à Saint­ Priest. Lors de sa dernière saison, il pré­ pare en parallèle le concours du centre de formation à la profession d’avocat (CFPA). Il l’obtient et prête serment en décembre 1992 au barreau de Saint­ Etienne. Il y ouvre son cabinet spécialisé en droit du dommage corporel. Un domaine qui le séduit pour son côté « humain », et lui permet de travailler aujour­d’hui au contact immédiat des victimes de maladies nosocomia­les, d’accident médical ou d’acci­dent de la route.

Des victimes qu’il tient particulièrement à protéger puisqu’il les juge bien souvent « ignorées » du système judiciaire français, face à des prévenus « qui disposent de moyens pour assurer leur défense beaucoup plus importants. » Pour les victimes d’infractions pénales, il participera d’ailleurs à la mise en place d’une ligne téléphonique gratuite au sein du barreau de Saint-Etienne, afin d’assurer leur assistance et leur écoute.

Fortement investit dans sa mis­ sion d’avocat, l’ancien numéro 6 n’a plus beaucoup de temps à consacrer au sport. Il est toutefois président de l’association des anciens Verts à qui il a confié :

« chaque fois que vous entrez sur le terrain, c’est pour gagner. Aujourd’hui, chaque fois que je prends en charge un dossier, je suis dans le même état d’esprit. » Une permanente remise cause dont il se satisfait, motivé par le fait « de pouvoir monter un dos­sier pour le client, d’en assurer le cheminement et de construire une argumentation juridique. »
Il ajoute cependant qu’il a dû prouver ses compétences « un peu plus que les autres ». En effet, difficile de se faire une place lorsque l’on est perçu « comme un intellectuel dans le milieu du sport et comme un sportif dans le milieu du droit. » « Durant mes premières années d’exercice en tant qu’avocat les clients venaient pour voir l’ancien joueur de foot­ball » témoigne-t-il. Une marque de gratitude qui l’incite d’autant plus à « prouver sa compétence, afin de garder sa clientèle. »

Un pari désormais gagné, puis­ qu’il est aujourd’hui l’un des spé­cialistes du dommage corporel à Saint-Etienne.Aurait-il pu envisager une autre voie ? Se consacrer uniquement au droit du sport ? Il a préféré éviter une reconversion au sein de son milieu d’origine où il disposait de nombreux contacts : « cela aurait pu être gênant pour exercer en toute impartialité » remarque-t-il. Il souligne cependant l’importance cruciale de l’émergence des avo­cats mandataire de sportif auprès des jeunes sportifs. « fis sont essentiels pour fa rédaction des contrats, car le plus souvent ce n’est que lorsque les difficultés surviennent que l’on peut juger si le contrat était bon » ajoute-t-il. Une chance supplémentaire pour les sportifs de « mieux anticiper les contentieux » grâce à cette nouvelle branche du métier d’a­vocat. Sport et droit, deux univers certai­nement amenés à se rapprocher encore. Par son parcours, Gilles Peycelon nous montre, que loin d’être incompatibles, ils partagent même un grand nombre de valeurs en commun !

Les avocats ont récemment fait leur entrée sur le terrain de la représentation de sportifs profes­sionnels. Depuis la loi du 28 mars 2011, ils ont la possibilité de devenir mandataires de sportifs. Contrairement aux agents sportifs qui doivent obtenir une licence pour représenter les sportifs, l’a­vocat peut exercer sans cette certification. Il intervient ainsi aussi bien dans le cadre de la rédac­tion d’un contrat de transfert que d’un contrat de travail pour le compte du sportif. Petite entorse au secret professionnel toutefois : tout mandat signé doit être transmis à la fédération sportive concernée afin de vérifier que les intérêts du sportif ont bien été respectés. L’avocat ne peut pas non plus fixer librement ses honoraires, plafonnés à 10 % du montant du contrat. En cas d’irrégu­larité ou d’erreur commise par l’avocat, la fédération sportive doit obligatoirement passer par le bâtonnier qui seul pourra décider d’une sanction contre l’avocat. Avec l’avocat mandataire en transactions immobilières et l’avocat mandataire d’artiste, l’avocat mandataire de sportif prouve que la profession sait se développer et conquérir de nouveaux espaces où le droit est déterminant. Aux confrères maintenant de s’emparer de ces nouvelles professions, et de transformer l’essai !

 

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