Footballeur puis avocat, Gilles Peycelon a conservé l'âme stéphanoise

décembre 2005

Dès qu’il a quitté le maillot, il a enfilé la robe. Ce raccourci vestimentaire résume à lui seul la carrière de Gilles Peycelon, footballeur à Saint-Etienne devenu avocat dans la capitale du Forez.

La tunique verte, Me Peycelon, aujourd’hui âgé de 45 ans, l’a portée pendant sept saisons chez les professionnels, à une période (1982-1988), où Saint-Etienne entamait son déclin après le départ de Michel Platini vers l’Italie, à la Juventus Turin.

Demi défensif, joueur de devoir, iln’était déjà pas un footballeur tout à fait comme les autres. Avant d’embrasser sa carrière de sportif, titulaire d’une maîtrise de droit, il envisageait de passer le concours de l’Ecole nationale de la magistratu re (ENM), voire d’émigrer outre-Atlantique, au Canada. Et puis les dirigeants de l’époque du club stéphanois se sont dit qu’il serait trop bête de laisser partir l’enfant du pays, qui avait signé sa première licence au club à l’âge de 10 ans.

Ils lui ont fait signer un contrat ; les lois du ballon ont pris le dessus sur celles du code pénal. Sept saisons d’effort, la naissance d’indéfectibles amitiés, comme celle de Jacques Santini, l’ancien entraîneur de l’équipe de France, alors coéquipier de Gilles Peycelon, et des foules de bons et de mauvais souvenirs…

ARRÊTE DE LIRE « LE MONDE » !

Le joueur a participé à quatre « derbys » contre l’olympique lyonnais, ces sommets de la saison entre voisins ennemis. Il n’oubliera jamais celui de février 1985. « Le match avait lieu à Gerland (le stade de Lyon), raconte-t-il, et on avait gagné 5-1.Mais je m’étais blessé grièvement aux ligaments croisés du genou, et j’avais été arrêté quatre mois. »

En 1989, Gilles Peycelon quitte les Verts pour les Chamois niortais. Il commence à se lasser du métier, et retrouve ses habitudes d’étudiant, pas toujours appréciées dans le milieu du football, qui obéit à des règles non écrites. « Unjour, un président de Niort m’a dit : « Peycelon, arrête de lire Le Monde pendant les rassemblements, ça gêne les joueurs et les dirigeants ! » » En 1990, le milieu de terrain décide de renoncer à sa dernière année de contrat et songe à sa reconversion.

Il rentre alors à Saint-Etienne et s’asseoit à nouveau sur les bancs de la faculté de droit. En octobre 1991, il réussit le certificat d’aptitude à la profession d’avocat et prête serment l’année suivante.  ».Au début, reconnaît Me Peycelon, les clients venaient surtout voir l’ancien joueur des Verts.Petit à petit, ils sont venus voir l’avocat, et c’est ma.fierté.  »

Du 16 au 18 novembre, il a été l’un des protagonistes d’un procès criminel qui a rencontré beaucoup d’écho dans la région. Il défendait, en tant que partie civile, la veuve d’un boulanger tué par une jeune femme en août 2003 (Le Monde du 18 novembre). « Aller aux assises, confesse-t-il, provoque un stress et une excitation semblable à celle de jouer devant un stade plein . On ressent la pression et l’obligation d’être performant. »

Ce trait d’union entre ses deux métiers ne suscite aucune nostalgie. Peycelon le footballeur n’a qu’un regret : celui de « n’avoir jamais marqué contre Lyon ». Il continue d’aller au stade, de supporter les Verts. Mais, aujourd’hui, ilne se sent plus qu’avocat. Rien qu’avocat.

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