"Elle se retrouve encore plus seule"

septembre 2005

Mr GILLES PEYCELON a du mal à garder son calme. La remise en liberté de Magali Rossi, meurtrière présumée du jeune Sylvain Bétrix, lui apparaît comme « un coup supplémentaire aux victimes » ; et notamment à sa cliente, la jeune épouse, la veuve, Virginie Bétrix. Celle-ci de-mandait, lors d’une interview dans les bureaux de son défenseur « une punition maxi-mum ». Trois ans après, elle attend toujours. Et l’accusée, qui plus est a avoué, est libre. Son avocat traduit sa dé-tresse. Il plaidera ses intérêt pendant que Me Faure défendra ceux des parents du jeune boulanger de Saint-Just-Saint-Rambert abattu un samedi d’août pour un fond de caisse. Leur défense ne sera pas commune. « Ce sera plutôt un cumul de défenses », explique M’ Peycelon. Le procès devant les assises de la Loire se déroulera du 16 au 18 novembre, avec, pour Virginie Bétrix et son défenseur, la crainte que le banc des accusés soit vide.

Comment avez vous appris la remise en liberté de Magali Rossi ?

« Le plus difficile à vivre, c’est ça : d’avoir eu l’information par la presse, de n’avoir jamais été avisé d’une quelconque audience. Lorsque je l’ai su, vendredi matin, j’étais en déplacement pour des raisons professionnelles et je me suis empressé d’appeler ma cliente. Je voulais qu’elle l’apprenne par moi et non par la presse ou une personne bien intentionnée. » Comment réagit-elle ? « Il est clair que ça ne peut être que mal vécu par une personne dont on a tué le mari presque devant ses yeux, qui a vu sa vie détruite À 20 ans ! El-le ,souffre. Elle n’a pas fait son deuil. Mais comment a-t-on pu attendre plus de trois ans pour que le procès ait enfin lieu ? Ce dossier a pris beaucoup de retard. Il aura fallu plus de trois ans pour que cette affaire soit audiencée. »

Les années parviennent-elles à apaiser un peu Virginie Bétrix ?

« Ma cliente peut difficilement se reconstruire sans le procès. Comme beaucoup de victimes de ce type de malheur, ce qui les maintient, les soutient est le procès qui doit faire toute la clarté. Il représente beaucoup pour une victime. Avant, on ne peut tourner la page. »

« Ça peut changer la donne du procès »

Les droits de la victime sont bafoués ? « Bien sur que les droits de la victime sont bafoués. Il n’y avait pas besoin que l’on en rajoute une couche. Elle se retrouve encore plus seule. Comme abandonnée. C’est un coup supplémentaire aux victimes. »

Que vous inspire la décision de la chambre d’instruction ?

« Je ne vais pas me mettre à porter un jugement sur une interprétation. La chambre d’instruction a dit que l’interprétation du parquet n’était pas la bonne. Qu’il aurait dû déposer une requête pour le maintien en détention. Je dirais que l’on en a rien à faire de l’interprétation. Jusqu’à preuve du contraire, et à mon avis encore pour longtemps, l’interprétation reste l’affaire des juges. Il semble plutôt qu’il y a eu un oubli du parquet. Je ne comprends pas que la requête ait été déposée avec un mois de retard. D’autant qu’elle pouvait être déposée un ou deux mois à l’avance. Qu’est ce qui l’empêchait ? Il semblerait en fait qu’il n’y ait pas de précédent à cette affaire. »

Pour Gilles Peycelon, avocat de Virginie Bétrix, «les droits de la victime sont bafoués».

Cette remise en liberté peut-elle changer le procès aux assises ?

« Ça peut changer la donne du procès. On peut se poser la question de savoir si l’accusée sera présente à son procès, même si son avocat dit qu’elle y se-ra. On ne peut pas empêcher ma cliente et moi même de se demander si elle ne va pas profiter de sa liberté pour ne pas assister à son procès. »

 

J-Y.M.

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